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 Les deux bossus ( histoire de korrigans )

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Liline
thyades
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MessageSujet: Les deux bossus ( histoire de korrigans )   Dim 25 Mar - 13:30

LES DEUX BOSSUS
Histoire de Korrigans


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Il y avait une fois, deux tailleurs qui habitaient la même rue et étaient affligés de la même difformité : ils étaient aussi bossus l'un que l'autre. Cela leur valait d'être la risée de tout le village et ils ne pouvaient croiser personne sur leur chemin sans en recevoir des moqueries.
L'un s'appelait Kaour et l'autre Laouig. Kaour était d'un heureux tempérament ; il répondait aux plaisanteries par des plaisanteries encore plus fines ; tout le temps qu'il était installé à coudre, il n'arrêtait pas de raconter à qui voulait les entendre de savoureuses histoires et de chanter d'une voix de fausset des chansonnettes humoristiques et des romances sentimentales ; il prenait la vie par le bon bout.
Laouig, au contraire, était continuellement renfrogné, il supportait mal les moqueries et ne se mettait guère en frais pour distraire ses pratiques. Ajoutons qu'il aimait l'argent ... et que lorsqu'il pouvait voler son prochain il ne laissait jamais passer l'occasion.

Une nuit, Kaour rentrait d'une journée de travail à la ferme de Penhoat-uhella, où il avait eu à confectionner les habits de noce du fils de la maison, et traversait au clair de lune une grande lande où, parmi les ajoncs, se dressaient plusieurs menhirs. Soudain, alors qu'il en atteignait le sommet, il entendit de petites voix fluettes qui chantaient

Dilun, dimeurz, dimerc'her (Lundi, mardi, mercredi en breton)

Tiens ! se demanda-t-il, qui donc peut chanter ainsi dans ce lieu désert?
Il s'approcha tout doucement, en évitant de faire du bruit, et vit une bonne centaine de petits korrigans qui dansaient en rond en se tenant par la main.

L'un d'eux s'époumonait à chanter :
Dilun, dimeurz, dimerc'her!

Et tous les autres reprenaient en choeur, en redoublant leurs entrechats :
Dilun, dimeurz, dimerc'her!

Kaour fît prudemment demi-tour, sur la pointe des pieds, car il avait entendu dire que les voyageurs attardés, qui se trouvaient à traverser une lande où dansent les korrigans est sûr d'être entraîné dans leur ronde et forcé de tourner avec eux jusqu'au premier chant du coq.

Mais si discrètement qu'il eût opéré sa retraite, il n'en fut pas moins remarqué par les danseurs nocturnes qui, interrompant leur ronde se ruèrent vers lui en poussant des cris stridents et l'eurent bientôt entouré comme un essaim de mouches entoure une goutte de miel. Il n'en menait pas large et quand les petits êtres lui crièrent tous à la fois : "Viens danser avec nous ", il se dit qu'il ne serait sans doute pas bon de les contrarier. La ronde se reforma donc avec lui et le chant reprit:

Dilun, dimeurz, dimerc'her!

Au bout d'un certain temps, Kaour commença à être fatigué de tourner en rond et il en avait assez de répéter sans cesse les mêmes paroles.

Pour gagner un peu de temps et reprendre son souffle, il dit:
- Faites excuse, mes gentilshommes, mais on pourrait chanter la suite de la chanson.

Les korrigans s'arrêtèrent net. (Ouf! c'était toujours autant de repos de pris).
- La suite? Demandèrent-ils.
- Ben oui, la suite ? Je la connais, moi, la suite. Il y a quelque chose après 'lundi mardi mercredi' !
- Vrai? Tu connais la suite ? Oh ! Alors dis-la-nous.
- Bien volontiers.

Et le tailleur, après avoir repris son souffle, de chanter
- Diriaou ha digwener! (Jeudi et vendredi)

Les korrigans poussèrent des acclamations enthousiastes.
- You! You! Magnifique! Voilà qui nous fait une chanson magnifique ! Le nombre de pieds y est, la rime aussi. Allons, les amis, reprenons la danse !

Et ils se remirent à danser en chantant
- Dilun, dimeurz, dimerc'her, diriaou ha digwener!

Ils étaient maintenant pleins d'égards pour Kaour et pour le remercier, veillaient à ne pas trop le fatiguer. Quand ils virent que ses pas n'étaient plus aussi assurés ils arrêtèrent leur ronde et leur chef demanda:
- Que désires-tu, Kaour, comme récompense pour nous avoir appris un si beau chant?
- Comme récompense? Ma foi... je ne sais pas... je ne cherchais pas une récompense.
- Eh bien, je t'offre le choix entre un gros sac rempli d'or ou de supprimer ta bosse. Le tailleur n'hésita pas.
- Si vous êtes en mesure de m'enlever ma bosse et de me rendre aussi droit que le mât du drapeau breton, alors là ce n'est pas de refus !

Aussitôt les nains se jetèrent sur lui, le lancèrent en l'air, le firent pirouetter et se le passèrent de l'un à l'autre comme un ballon. Quand il retomba, tout étourdi, sur ses pieds, il n'avait plus de bosse et était aussi droit que le mât du drapeau breton.

Le lendemain, Kaour rencontra l'autre tailleur, Laouig qui, en le voyant, se frotta plusieurs fois les yeux.
- Ce n'est pas possible ! C'est toi, Kaour ?
- Comme tu le vois : c'est moi.
- Ma parole ! Tu as bien grandi, d'un seul coup, d'un pied. Et qu'as-tu fait de ta bosse ?
- Ma bosse? Quelle bosse? Tu vois bien que je n'ai pas de bosse. Je ne suis pas un vilain bossu comme toi, Laouig.
- Cesse de te moquer. Tu n'as plus de bosse mais tu en avais une pas plus tard qu'hier. Il y a de la sorcellerie là-dessous.

Kaour raconta ce qui lui était arrivé.
- Satordellik! Se dit Laouig, il faut que j'aille moi aussi, la nuit prochaine faire un tour sur la lande. Mais je ne serai pas aussi sot que ce pauvre Kaour : moi je prendrai, ce sera le sac plein d'or.

Dès que la lune se leva, il se mit en route et lorsqu'il aperçut les korrigans dansant en rond, il s'avança hardiment vers eux.
- Viens danser avec nous, lui crièrent-ils.

Il pénétra dans le cercle et chanta avec eux
- Dilun, dimeurz, dimerc'her, diriaou ha digwener!

Mais bientôt, il fut fatigué de tourner et leur demanda
- Ne savez-vous chanter que cela ? Ne connaissez-vous pas la suite ?
- La suite? Il n'y a pas de suite, répondirent-ils. En connaîtrais-tu une?
- Parfaitement.
- Oh ! Dis-la-nous alors. Dis-la vite !
- Bon écoutez:
Dilun, dimeurz, dimerc'her, diriaou ha digwener, ha disadorn ha disul (Et samedi et dimanche)

Les korrigans firent la moue.
- Ce n'est pas si joli, dit l'un.
- Ça ne rime pas, fit un autre.
- C'était beaucoup mieux avant, ajouta un troisième.

Mais leur chef intervint:
- Ça ne fait rien, il faut tenir compte de l'intention. Nous avons récompensé Kaour, en lui offrant de choisir entre la richesse et la beauté. Nous devons la même récompense à celui-ci. Kaour a laissé le sac d'or.
- Quel sera ton choix ? demanda le chef,
- Je choisis ce que Kaour a laissé.

Les nains se jetèrent sur lui, le lancèrent en l'air, le firent pirouetter et se le passèrent de l'un à l'autre comme un ballon. Quand il retomba, tout étourdi, sur ses pieds ... il avait ... deux bosses. La sienne et celle de Kaour.

Source : Contes et légendes du pays breton (Yann Brekilien)
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