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 Les menhirs de Plouhinec

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Liline
Elbereth
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MessageSujet: Les menhirs de Plouhinec   Dim 25 Mar - 11:42

LES MENHIRS DE PLOUHINEC


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Tout le monde sait, en Bretagne, que, pendant la nuit de noël, à l'heure de minuit, les animaux ont le don de la parole. Une nuit de noël donc, un vieux mendiant qui était venu demander la charité dans une ferme de la paroisse de Plouhinec, fut hébergé dans l'étable et, quand sonnèrent les douze coups, put entendre les boeufs deviser entre eux.

-Eh bien, mon frère, disait l'un, qu'as-tu de nouveau à me raconter depuis un ans que nous n'avons eu la parole?
-Je n'ai pas grand-chose à raconter, mon frère d'autant plus que je n'aime pas parler en présence d'oreilles étrangères.
-Ah! Tu fais allusion à ce vieux mendiant, trop impotent pour aller à la messe de minuit, qui est venu dormir ici dans la paille. Ne crains rien, il doit être au plus profond de son sommeil.
-Pauvre bonhomme! Quand je pense qu'il va continuer à vivre de mendicité alors que nous sommes arrivés à l'année où tout humain un peu dégourdi pourrait devenir immensément riche.
-Comment cela?
-Tu sais bien que tous les cent ans, les menhirs de la lande de Plouhinec s'en vont boire à la rivière d'Etel et que, pendant ce temps, les trésors qu'ils cachent restent à découvert.
-Je le sais bien. Mais est-ce donc cette année qu'ils doivent aller ainsi se désaltérer?
-Pour sûr. D'après ce que me disait ma mère qui, elle-Même, le tenait de sa grand-mère, il y aura cent ans au nouvel An que le phénomène s'est produit pour la dernière fois.

J'aime autant vous dire que le mendiant, qui était bien éveillé, ne perdait pas un mot de la conversation.

-S'emparer des trésors, reprit un des boeufs, n'est quand même pas chose facile. Dès qu'elles ont bu, les grosses pierres reviennent si vite à leurs place qu'il est impossible de leur échapper et que l'on est écrasé sous leurs poids, à moins de s'être muni d'une branche de l'herbe à la croix entourée de trèfles à quatre feuilles.
-Oui, mais savez-vous que même celui qui parvient à s'enfuir sain et sauf en emportant les trésors a peu de chances d'en profiter? S'il ne se concilie pas les bonnes grâces au Cornu, tout son butin tombera en poussière.
-Et que peut t'il faire pour se concilier les bonnes grâces du Cornu?
-Il faut lui donner en échange la vie d'un chrétien et, par conséquent, s'arranger, en échappant aux menhirs, pour qu'ils écrasent quelqu'un d'autre.

Eh bien, se dit le mendiant,Je vois ce qu'il me reste à faire.

Il s'endormit heureux et, dès le point du jour, se mit en quête de l'herbe à la croix et du trèfle à quatre feuilles. Il lui fallut chercher très longtemps à travers la campagne, jusque vers les confins de la forêt de Quénécan. Il ne fut de retour que la veille du jour de l'An. Il se dit alors qu'il fallait encore trouver un chrétien à faire écraser par les menhirs.
Il alla faire un tour sur la Lande de Plouhinec où, parmi les ajoncs, les bruyères et les fougères, se dressaient les mégalithes. Il y trouva un jeune homme occupé à graver une croix sur une des hautes pierres.

-A quoi t'amuse-tu garçon? lui demanda-t-il.
-J'essaie de m'attirer les faveurs du seigneur en imposant le signe de la Rédemption à cette pierre des temps païens.
-Je suppose que tu as quelque chose d'important à lui demander.
-Je n'ai aucune raison de vous le cacher : J'aime de toute mon âme Rozenn, la fille des fermiers de Lanesked, et elle m'aime aussi. Mais son père ne veut point de moi pour gendre.
-Sans doute parce que tu n'es pas assez riche? J'ai vu ça plus de cent fois.
-C'est exact. C'est parce que je ne suis pas assez riche.
-J'ai envie de t'aider. Je sais le moyen de te faire devenir cent fois plus riche que le plus riche fermier de tout le pays.
-Que me demanderiez-vous en échange? il ne s'agit pas, au moins, de compromettre le salut de mon âme?
-Absolument pas. Je ne te demanderais que d'avoir une pensée pour moi dans tes prières. Seulement il te faudra beaucoup de courage.
-Je suis prêt à affronter les pires périls pour conquérir ma Rozenn.

Alors le mendiant lui expliqua comment, la nuit suivante, il y aurait moyen de s'emparer des trésors de la lande pendant que les menhirs seraient partis s'abreuver. Mais il se garda bien de lui indiquer comment éviter les pierres lors de leur retour. Il lui laissa croire qu'il n'y fallait que de l'adresse et de la prestesse.

Ils se donnèrent rendez-vous sur la lande une heure avant minuit et ils furent exacts l'un et l'autre, vous pensez bien. Le mendiant s'était muni d'un grand sac à pommes de terres. Le jeune homme - vous ai-je dit qu'il s'appelait Gweltaz Calonec ? - avait pris plus modestement une simple musette.

Ils restèrent à deviser à l'orée de la lande jusqu'à ce que sonnât le premier coup de minuit. A cet instant précis il se fit un grand bruit et, à la claireté des étoiles, ils virent toutes les grandes pierres quitter leur place et s'élancer vers la rivière d'Étel dans un grondement d'orage. Elles dévalèrent le coteau en se bousculant, en se heurtant, et disparurent dans la nuit.

Les deux hommes se précipitèrent vers les creux dans le sol qui marquaient les emplacements où elles se dressaient quelques instants plus tôt. C'étaient autant de puits remplis jusqu'au bord d'or, d'argent et de pierreries. Gweltaz et le mendiant poussèrent des cris d'admiration et remplirent en hâte leurs récipients. Mais brusquement retentit dans le lointain comme le bruit d'une charge de cavalerie. Le tulmute se rapprochait à une vitesse effarante. Les menhirs avaient fini de boire et revenaient prendre leur place. Gweltas les aperçut qui accouraient, penchés en avant. en brisant tout sur leur passage. Il se releva et s'écria d'une voie blanche :

Sauvons nous sommes perdus!
Tu es perdu, ricana le mendiant. Si vite tu courras, tu ne leur échapperas pas. Mais moi je ne crains rien, car j'ai sur moi une branche de l'herbe à la croix et des trèfles à quatre feuilles. Merci d'être la victime qu'il fallait que j'offre.

Gweltaz avait pris les jambes à son cou, mais les pierres étaient déjà là. Elles s'écartaient devant le mendiant qui brandissait son bouquet magique et se précipitaient vers lui. Il leur fit face, se laissa tomber à genoux et fit un grand signe de croix. La grosse pierre qui était en tête de la horde n'était plus qu'à quelques mètres de l'écraser de son effroyable masse.

Brusquement, cette grosse pierre s'arrêta et lui fit comme un rempart qui le protégeait des autres. Étonné, il releva la tête et reconnut le menhir sur lequel il avait gravé la croix : c'était désormais un menhir baptisé qui ne pouvait nuire à un chrétien.

La pierre resta immobile devant lui jusqu'à ce que ses soeurs eussent toutes regagné leurs places. Alors elle s'élança à son tour vers la sienne. Sur son chemin, elle rencontra le mendiant que ses talismans étaient impuissants à protéger contre une pierre chrétienne. Elle lui passa sur le corps, l'écrasant comme un enfant écrase un hanneton sous son sabot.

Gweltaz avait chargé sa musette d'assez d'or et de pierres précieuses pour être plus riche que le plus riche des fermiers de tout le pays. Il obtint sans peine la main de Rozenn. Depuis lors, je n'ai plus entendu parler d'eux.

Source : Contes et légendes du pays breton (Yann Brekilien)[Vous devez être inscrit et connecté pour voir ce lien]
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